mercredi 30 mai 2007

Jean-Marie Le Pen, admirateur inattendu de Sarkozy.



Plusieurs raisons peuvent expliquer le revirement de Jean-Marie Le Pen à l’égard de ce que la galaxie de l’extrême droite considérait, il y a encore quelques courtes semaines, comme le «gentlemen cambrioleur» de son héritage.




Ceux qui croyaient que Jean-Marie Le Pen, leader du Front national, délesté pendant la présidentielle de son fonds de commerce par un Nicolas Sarkozy, stratège en opportunisme, allait, par rancune ou par vengeance, user ses dernières forces pour détruire la stature du nouveau président, se sont lourdement trompés dans leurs prévisions. Le leader vieillissant de l’extrême droite semble plus réconciliant à l’égard du nouveau locataire de l’Elysée.




Si, au lendemain du second tour, Jean-Marie Le Pen n’avait pas trouvé de mots assez durs, assez ironiques pour fustiger l’ensemble de la démarche de Sarkozy, le voilà revenu à de meilleurs sentiments. Après l’avoir traité de «prestidigitateur très compétent (…) en train de tourner le dos à ses promesses de campagne», le chef de l’extrême droite est sur le point d’adhérer au fan club de Sarkozy lorsque, l’œil brillant d’admiration, il décrit l’ascension de l’actuel président de la république : «Il a été assez original et performant. Il a fait une campagne à l'américaine exemplaire. C'est même un modèle qu'on pourra étudier plus tard aux Sciences-Po» avant d’adopter littéralement une posture de midinette : «En plus, dans les contacts personnels (...) je témoigne que l'homme a du charme, et qu'il le développe naturellement».




Plusieurs raisons peuvent expliquer ce revirement de Jean-Marie Le Pen à l’égard de ce que la galaxie de l’extrême droite considérait, il y a encore quelques courtes semaines, comme le «gentlemen cambrioleur» de son héritage.




La première raison a sans doute trait à l’ensemble de la stratégie développée par le Front national après le cuisant échec électoral des présidentielles où Jean Marie Le Pen s’attendait, au minimum, à réitérer l’exploit de 2002. «Comment gérer une période où nous avons échoué alors que nos idées ont triomphé ?» est l’équation principale que la direction du Front national a eu à régler. Jean-Marie Le Pen est intarissable sur le sujet. Bombant le torse, il ne rate aucune occasion pour rappeler ce qu’il considère comme une vérité absolue : «Chacun a pu observer que les idées de la droite nationale, libérale et identitaire sont désormais majoritaires dans le corps électoral. Je suis heureux qu'elles aient été reprises par le président de la république nouvellement élu». Le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale que dirige Brice Hortefeux en est l’éclatante illustration. M. Hortefeux est, au passage, le seul parmi les proches collaborateurs du candidat UMP a avoir évoqué publiquement à l’époque, la possibilité d’instaurer pour les prochains scrutins une dose de proportionnelle, une idée vitale pour le Front national qui lui permet d’accéder facilement à l’Assemblée nationale. De là à penser que les contacts et les promesses entre Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen ont fait le lit d’une sympathie et d’une tolérance réciproque, il n’ya qu’un petit pas à franchir.La seconde raison tient au style Sarkozy. Comment imaginer qu’un homme qui a ouvert son gouvernement, avec une rapidité qui frise la nonchalance, à quelques figures, certes contestées, de la gauche puisse rester fermé à l’extrême droite dont les idées avaient boosté la campagne et permis la victoire. Le cousinage politique entre droite et extrême droite n’est pas un alliage aussi étranger que l’ère Chirac pouvait le laisser entendre. Jacques Chirac développait une incurable allergie à l’égard de Jean-Marie Le Pen au point de refuser de débattre avec lui ou même de le rencontrer. Ces scrupules et ces hésitations n’étouffent pas le nouveau président qui considère Jean-Marie Le Pen comme un homme politique ordinaire, fréquentable, même si durant la campagne il avait rappelé à plusieurs reprises que l’hypothèse d’un Jean-Marie Le Pen au second tour le faisait cauchemarder.




Jean-Marie Le Pen en admirateur inattendu de Nicolas Sarkozy. Voilà qui crée un situation inédite pour le Front national dont les troupes ont été élevées au biberon de la haine anti-droite classique et conservatrice et pour les militants de l’UMP nourris au politiquement correct qui leur interdisaient ces fréquentations coupables. Avec cette interrogation : quelle traduction concrète ce nouveau flirt Le Pen / Sarkozy peut-il avoir sur la carte législative qui se dessinera les 10 et 17 juin prochain ?




Le 29-5-2007Par : Mustapha Tossa tiré de Aujourd'hui le Maroc.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Sous pretexte qu'il lui fait des compliments, Le Pen a retourné sa veste ?
On peut aimer Sarko et combattre ses idées, ses méthodes, non ??
Tu fais de beaux raccourci je trouve.
Moi qui d'habitude, appréciais ce que tu marquais, là tu m'as décu !!!

Anonyme a dit…

super, AJM et DIEUDONNE vont pouvoir se rallier a TARTEMPION!!!

Anonyme a dit…

Avec ces genres de declarations il incite ces electeurs á tous rejoindre le clan du nabot, j'ai comme l'impression que le fn va passer aux oubliettes.

Anonyme a dit…

Je ne vois pas ce qu'il y a d'inatendu. L'extrême-droite, c'est la droite. Le Pen est de droite, le FN est de droite. L'indulgence de Le Pen envers Sarkozy ne surprendra que ceux qui ont cru le baratin d'un Alain Soral, par exemple.

En Italie, l'extrême-droite de Gianfranco Fini a rallié Berlusconni quand il l'a fallu. A la mort du vieux chef frontiste, vous verrez plein de hierarques frontistes rallier l'UMP. Marine Le Pen sera sans doute l'une des artisanes de cette alliance. La finalité de cette alliance dépendra en grande partie du résultat des législative. Si le FN est terrassé, il aura beaucoup de mal à s'en remettre, et Sarko n'aura plus qu'à balayer ce qu'il en reste !

Restera alors quelques radicaux identitaires purs et durs, qui n'auront que peu d'influence.

2007 en Talonnettes a dit…

Le Pen a plus d'avenir politique, ca c'est clair. Le mec est grabataire, dur d'oreille et octogenaire. La messe est dite. On ne le regrettera pas.

Par contre je pense que le FN ou un autre parti d'extreme-droite qui prendra sa place n'a pas encore dit son dernier mot. Pour de multiples raisons: la xenophobie en France a de beaux jours devant elle d'autant plus qu'elle s'alimente des rates de nos politiques migratoires et d'integration, les partis de droite de gouvernement (UMP, UDF et Modem) sont des europeistes acharnes, ce qui me desole par ailleurs, et ne representent en rien les importants courants souverainistes (cf referendum de 2005) opposes au diktat de Bruxelles, et enfin, le vote protestataire est une constante a chaque election presidentielle et il n'y aura pas toujours des Bayrou pour les syphonner.