mercredi 4 février 2009

PANIQUE A BORD : LA REGRESSION DE CALIXTHE BEYALA.

Que diable. Mais qu’est-il arrivé à l’écrivaine à succès Calixthe Beyala ? Comment a-t-elle pu ? Par quel tour de passe passe a-t-elle réussi à régresser avec autant de bonheur ? Quel choc, quelle émotion, quel bouleversant témoignage, quel récit poignant que celui de Pauline, cette jeune pantinoise de 14 ans ! Depuis déjà 20 ans, l’une des auteures françaises qui s’exporte le mieux, traduite pratiquement dans le monde entier, en plusieurs langues, dont l’anglais, le roumain, l’allemand, le coréen, le japonais, l’espagnol etc. continue de nous livrer, sa source d’introspection. Fichtre. Mais, cette fois-ci, c’est le drame, la régression. Comme par enchantement, devrais-je dire, par effraction, elle a réussi à rentrer dans la tête de Pauline, la narratrice de : « Le roman de Pauline », publié aux Editions Albin Michel. En lisant la première phrase de son nouvel opuscule, « J’allais sur mes huit ans lorsque Fabien, de deux ans mon aîné, me brisa la mâchoire d’un coup de poing. » Ensuite, on est comme emporté, transporté dans un rêve. On se livre tel un taureau, face à son torero. Le matador c’est ce roman, fort, puissant, utile aussi, pour comprendre la banlieue, ses rêves, ses envies, parfois légitimes, parfois démesurées…




Non contente d’avoir déjà obtenu le prix littéraire le plus prestigieux à savoir, le Grand prix du roman de l’académie française, en 1998, avec « Les honneurs perdus », ce nouveau petit bijou, risque de faire aussi des émules. La critique est déjà unanime. C’est sans nul doute, son œuvre la plus aboutie. D’entrée, vous êtes comme fusillé mais… vivant et étourdi. Ainsi, vous vous accrochez involontairement, emporté par les beaux mots, les intrigues, la violente logorrhée de ces personnages épiques du 21e arrondissement de Paris et/ou Pantin. Pêle-mêle, Madame Moundimbé, Dieudonné, Mademoiselle Mathilde, Fabien, Nicolas, Pégase, Dr Bensoussian, Dr Mamadou, Mina, Moussa, Mohamed, Jacob, Karlsfeld, M. Denisot, Madame Jamot, Madame Boudois la concierge ou encore M. Dupontiel le délateur en chef, etc. « Le roman de Pauline » c’est la France contemporaine qui se croise, s’entrecroise, se regarde, s’épie, s’évite, calomnie, insulte, envie, embrasse, s’embrasse. Mais, il reste cet amour indécelable du premier abord, lorsqu’on entre de plain-pied, dans ce monde de la banlieue, trituré, critiqué et même parfois, jalousé.


Enchaînement d’évènements féconds et trépidants. Triptyque : naissance-amour-drame. Pauline a eu le malheur d’être issue d’une famille à problème. Une mère acariâtre et absente, madame Moundimbé. Un frère délinquant, Fabien. Un père mort puis ressuscité…en prison. Un beau père, Dieudonné, qui disparaît du jour au lendemain du logis. Une famille de psychopathes comme elle aime si bien le dire. Description allégorique de l’auteure, qui utilise l’imagerie animale pour décrire tel acte, telle attitude, telle action. On a le souffle coupé. Définitivement. Course effrénée vers des chimères qui se volatilisent à la suite d’anicroches aussi bien heureuses, pathétiques que comiques. Tragi-comédie et mélodrame s’entremêlent comme des cheveux dans un peigne. Point de Zorro. Si, si, Sarkozy y est cité par trois fois, non, quatre fois, furtivement, succinctement, pour ne pas trop effleuré son égo. Tiens, les mômes parlent du discours de Dakar de triste mémoire. La page 25 est un régal. Une sorte de mélange, entre une plume corrosive et accusatrice, un tableau « truellé », comme une peinture de Van Gogh, cocktail explosif et symphonie de couleurs tous azimuts, fait d’électricité mais finalement de douceur.


Entre explosion zonale, ouragan frontal et cataclysme conjugal, l’échec scolaire, les petits larcins puis les grosses arnaques et emmerdes, le décor est planté. Eh là, l’irréparable. La mort au bout du pistolet. Les mauvaises fréquentations. La tristesse (chapitre 17). Calixthe Beyala, avec ce roman, réussit avec brio, à décrire le quotidien de cette adolescente de 14 ans, Pauline, fille métisse caractérielle, sans vergogne, immature mais qui, par une petite crise de cognition, après avoir perdu son hymen, prend peu à peu conscience de ses capacités et de ses valeurs morales. Une réhabilitation qui, au fil des pages, est faite de drames, d’échecs, de réussites et de tendresse. Comment raconter cette scène ahurissante où, son petit ami, Nicolas, fils de Pégase, la surprend sous la couette avec ce dernier ? Inceste ? Inconscience ? (chapitre 11). Qu’ai-je fais de ma vie, se demande-t-elle ? Pauline prend du recul, et une touche chic et fashion l’embrase. Dans le milieu du baggy large, baissé jusqu’à la naissance des fesses, avec le boxer Calvin Klein en exposition, le pantalon de survêtement ou la démarche de canard en traînant les pieds, ça fait désordre. Les élucubrations des autres, de ses amis, ne sont plus importants…Le roman sera en librairie pour le grand public, dès demain.

4 commentaires:

nubiennes a dit…

Bon ,j'ai arrêté de lire ta critique au deuxième paragraphe parce que je n'aime pas lire les résumés de livre et cela gâche tout ce que j'attends d'un livre c'est à dire l'immersion et le suspense .Ce livre a l'air passionnant et je vais me le procurer .Quel est la date de sortie ?

AJM a dit…

@Nubiennes,

Bonjour.

Il est en librairie demain, 5 février.

nubiennes a dit…

Heureusement que je n'ai pas lu tout ton article que je viens de lire .T'abuses tu racontes tout le croustillant du livre ^0^ .Je l'ai lu d'une traite parce que je n'aime pas lire par accoup .Je n'ai pas été déçu mais certains passages m'ont horrifié .Cette fille était vraiment perdu .J'ai bien aimé le passage avec la grand mère pseudo aveugle qui cachait fabien et pauline lorsque les voisins venaient chez elle pfff .
En fait Lou n'est autre que l'auteur qui intervient à certain passage comme la bonne élève de service ^^ .J'ai bien aimé certain passage de conscientisation mais j'avoue qu'une anecdote m'a troublé sur le dédommagement de l'esclavage .Enfin c'est un très bon livre .Maintenant j'attends le livre d'Allain Jules ^0^ .Plus sérieusement ,je vais me lire un petit Bilé comme il parait qu'il y a partouze au couvent .

AJM a dit…

@Nubiennes,

Ah, oui, la mamie fétiche qui finit par s'engueller avec sa fille pendant le déjeuner.

C'est vrai que le bouquin st passionant. ,Même Paris Match, le Point etc, en font de bons papiers.

Mon livre ? Il est prêt. Pas de date de sortie pour l'instant.

@+