mardi 2 juin 2009

ALCOOL ET INTERNET: LA GUERRE DES LOBBIES.

La société française sera alcoolique ou ne sera pas. Considérant que la jeunesse est le fer de lance de la nation, une mobilisation contre la publicité pour l’alcool sur Internet semble prendre le taureau par les cornes en vue d’éradiquer ce fléau sociétal affectant surtout les jeunes. Dans une tribune publiée vendredi 29 mai 2009 dans Le Monde, François Bourdillon, président de la Société française de santé publique ; Gérard Dubois, porte-parole du Collectif contre la publicité de l’alcool sur Internet ; Claude Got, professeur honoraire, Michel Reynaud, président de la Fédération française d’addictologie ; Alain Rigaud, président de l’association nationale de prévention en alcoologie et addictologie et Fernand Sauer, membre du Haut Conseil de santé publique, ex-directeur de la santé à la Commission européenne, dénonce le lobby alcoolier en interpellant le Chef de l’Etat et la ministre de la santé.



Internet est un vent impétueux, une bourrasque qui ne devrait pas tomber dans les mains impies ou plutôt de ces gens sans foi ni loi qui corrompre nos enfants. De quoi rassurer les adeptes et farouches défenseurs d’Hadopi et de Loopsi. Tel pouvait être le cri d’alarme des personnages précités. La libéralisation de la publicité de l’alcool sur Internet sonne-t-elle le glas de la loi Evin ? Pas forcément, mais, les pro-alcools viennent de gagner un combat décisif à l’Assemblée National. En édulcorant cette loi de 1991, va-t-on droit vers ce que les anti-alcools nomment « hypocrisie française » en matière de lutte contre l’alcoolisme et de protection de la santé publique ?


A regarder de plus près, le combat semble être inégal vus les moyens déployés par le lobby alcoolier qui s’appuie sur un budget publicitaire conséquent évalué à 310 millions d’euros par an. En revanche, celui engagé pour les campagnes de prévention de l’alcool s’élève à 5 millions d’euros. Il faut donc des siècles pour qu’elles atteignent le niveau de leur rival. Le côté éthique semble avoir subitement quitté l’hémicycle au nom de la tradition française du vin, du terroir qu’il faut préserver malgré une saignée de l’ordre de 40 000 morts répertoriés annuellement à cause de l’alcool. A qui profite le crime ?


Depuis la publication par l’Institut National du cancer (INCa) d’un prospectus exposant les attaches et les liens entre l’alcool et le cancer-rappelant en substance que ce fléau, l’alcoolisme, est la deuxième cause de mortalité sur le plan national-, le lobby de l’industrie de l’alcool remue terre et ciel pour minimiser cette saillie. Les anti-alcools refusent d’être vus comme de hygiénistes, des ayatollahs ou des talibans adeptes de l’eau plate ou plutôt minérale (sic). C’est vrai que la dialectique utilisée en cognant sur l’Islam semble être finalement la panacée pour atténuer aussi son extrémisme en rejetant sur les autres ses propres défauts. Ce n’est pas le sujet. Passons.


Les mêmes qui parfois considèrent les jeunes comme des irresponsables, des vauriens inutiles pour la société, semblent vouloir les protéger. C’est un véritable paradoxe, une hypocrisie semblable à celle du lobby alcoolier qui parle, lui, du plaisir immédiat procuré par l’alcool. La « défense » de l’identité nationale semble être désormais son crédo et il demande surtout qu’on puisse faire le distinguo entre les gros buveurs et les petits. Conscient néanmoins des dégâts causés par l’alcool, il souhaite participer à une campagne de sensibilisation. Pire, il veut tout contrôler, élaborer les spots, écrire les messages, voir réécrire même les textes de la loi Hôpital vidée de son sens premier car, le Gouvernement semble être impuissant.


Le coup de force du lobby alcoolier est sans doute la mise sur pied d’un Conseil de modération et de prévention. Par un tour de passe passe monumental, sept parlementaires s’y collent et nul ne sait jusqu’où ils vont s’arrêter. Ainsi, les anti-alcools dénoncent leur surpuissance qui s’explique par leur coup de force qui a permis de bâillonner l’expression des anti-alcools en expliquant à qui veut les entendre que Internet a les moyens de faire de la publicité pour l’alcool sans que les jeunes n’aient accès. De quels jeunes parlent-ils ? Des mineurs essentiellement qu’on peut protéger avec un code parental ? Des adolescents ? Tout y est flou et le Conseil de modération et de prévention n’est qu’un organe de propagande, une marionnette.


En définitive, le poids du lobby du vin est semble-t-il, plus important que tout. En comparaison avec le tabac dont la prévention et les mesures de luttes sont plutôt violentes, présentant bientôt de visu la mort sur les paquets de cigarettes, on voit mal comment après avoir reculé sur la vente d’alcool dans les stades, une mesure viendra l’interdire sur le Net. Ne va-t-on pas simplement appeler à la responsabilité des jeunes ? Pourquoi ne pas mettre plutôt l’accent à l’Ecole comme pour la Sécurité routière ? Les enjeux tant politiques que financiers plombent donc la lutte contre l’alcoolisme. Avec la crise financière, la montée exponentielle du chômage, la consommation française qui est en danger, le déficit qui viole le pacte européen de stabilité, alors, ce n’est pas demain la veille.

2 commentaires:

SANSVOIX a dit…

Ces alcooliers français sont capables de faire miroiter des spots publicitaires pétillants et capiteux dans les placentas des futurs bébés en gestation dans le ventre de leurs mères.

310 mlilions de dollars de bub. pour l'alcool ?

Par le temps qui court, avec l'argent, l'on obtient tout, même et surtout l'éventuelle mort des autres sur les routes.

Cette philosophie qui consisterait à se convaincre que l'on ne peut vivre riche et heureux qu'en tuant les autres, d'une façon ou d'une autre, ne laisse plus de place aux états d'âmes "éviniques" (voir "lois Evin").

Sacré EVIN, quel nom prédestiné ! Sans la letre "E" de son nom, il serait en plein dedans lui-même.

Et l'on comprend dès lors son allergie à l' alcool "publicitarisé" !

ASV

Allain Jules a dit…

@Sans Voix,

Exactement. Ils sont capables de tout.

Bien à toi !