vendredi 5 juin 2009

"SI OBAMA NE REUSSIT PAS, QUI D'AUTRE LE POURRA ?"

C'est du Desmond Tutu, PRIX NOBEL. L’archevêque Desmond Tutu estime que la présidence Obama constitue une chance unique pour la paix. Ce jour, le Prix Nobel est honoré par l’Université de Genève et prononce un discours à la cathédrale Saint-Pierre. Trajectoire d’un homme hors du commun: enseignant, militant, prêtre et grand réconciliateur.
© OLIVIER VOGELSANG L’archevêque anglican Desmond Tutu à Genève. «Vous avez remarqué? Sa première visite au Proche-Orient, Obama ne la fait pas en Israël, mais en Egypte, dans un pays arabe. Pour le monde musulman, le symbole est extrêmement fort…»

Il sourit, se lève, tend la main par-dessus une table beaucoup trop large, puis se rassied pour une brève prière. Avant de lancer, hilare: «L’aide de Dieu, j’en aurai bien besoin pour affronter une nouvelle interview!» Pas de chichi avec le célèbre archevêque anglican Desmond Tutu. A 77 ans, le Sud-Africain n’a perdu ni son humour ni son franc-parler. Et encore moins son idéalisme contagieux. Prix Nobel de la paix en 1984 pour son combat pacifique contre le régime de l’apartheid, il reçoit aujourd’hui à l’Université de Genève le titre de docteur honoris causa. Et réjouira certainement le public à la cathédrale lors d’une joute rhétorique face à Pascal Lamy, directeur général de l’OMC.

Quelle relation entretenez-vous avec Genève?

La première fois que je suis venu dans votre ville, c’était dans les années 60 ou 70, pour une réunion du Conseil œcuménique des Eglises. Genève, pour moi, c’était donc d’abord le lieu de rendez-vous du christianisme mondial opposé à l’apartheid sud-africain. Mais il y a aussi bien sûr l’ONU et son Conseil des droits de l’homme. J’y suis récemment intervenu après avoir participé à une mission de haut niveau à Beit Hanoun, dans la bande de Gaza. Et n’oublions pas le Bureau international du travail, l’Organisation mondiale du commerce… (ndlr: il sourit.) On pourrait dire, en somme, que nous sommes ici au centre du monde!

Et que retenez-vous de Calvin?

Calvin a eu une influence significative sur ma vie, puisque les Néerlandais installés en Afrique du Sud se sont inspirés de ses enseignements. En les déformant, bien sûr. D’ailleurs, bien des opposants au régime d’apartheid se réclamaient aussi du calvinisme! Genève a donc produit à la fois de bons et de mauvais fruits.

Barack Obama vient de faire un grand discours au Caire pour réconcilier le monde musulman avec l’Occident chrétien. Peut-il réussir?

Si lui n’y parvient pas, qui le pourra? Regardez son nom: Barack! Regardez ses gènes: un père musulman! Avant lui, les Etats-Unis étaient arrogants, menaçants. Toujours prêts à dégainer en premier. Obama, au contraire, tend la main. Forcément, cela change la dynamique de la diplomatie américaine.

Vous avez remarqué?

Sa première visite au Proche-Orient, il ne la fait pas en Israël, mais en Egypte, dans un pays arabe. Pour le monde musulman, le symbole est extrêmement fort…

Mais les conditions sont-elles vraiment réunies pour une réconciliation?

Toute démarche de réconciliation doit passer par l’affirmation du respect de l’autre. Et en particulier de sa religion. Or, comme l’avait résumé Kofi Annan, le problème entre le monde musulman et l’Occident, ce n’est pas du tout la foi, mais bien les fidèles. Aucune religion n’enseigne la violence ou le meurtre, mais dans chaque religion vous trouverez de mauvaises personnes. Que je sache, le Ku Klux Klan a bien une croix pour emblème! En Afrique du Sud, l’apartheid se voulait le garant des valeurs chrétiennes. Nous, les chrétiens, ne sommes vraiment pas en position d’accuser d’autres religions d’être violentes. Et je ne vois pas Dieu rejetant un Gandhi ou le dalaï-lama parce qu’ils ne sont pas chrétiens. Je ne considère pas Dieu comme chrétien. C’est pourquoi je suis enthousiasmé par Obama. S’il ne réussit pas, il faudra attendre longtemps avant qu’un chef d’Etat produise tant de joie et d’espoir. On a l’impression que le jour s’est levé après une longue nuit.

Un président de couleur à la tête des Etats-Unis, qu’est-ce que cela change pour les Noirs?

Il faut faire attention de ne pas l’écraser sous le poids de tous nos espoirs! Mais avec lui, l’Amérique a déjà changé. Chaque enfant noir peut désormais rêver, lui aussi, d’être un jour élu président des Etats-Unis par une majorité de Blancs! Non pas à cause de sa couleur, mais parce qu’il sera le meilleur candidat.

Et pour l’Afrique?

Barack Obama est le premier président américain à pouvoir s’adresser sans ménagement à des dictateurs africains sans être accusé de racisme. J’espère qu’il le fera.

Vous avez dit qu’Israël vous rappelle l’apartheid. Peut-on comparer ces deux situations?

Je n’ai jamais dit que c’était la même chose. Mais c’est vrai que mes souvenirs de l’apartheid sont remontés quand j’ai vu l’arrogance de jeunes recrues israéliennes aux checkpoints. Comme s’ils étaient de petits dieux. J’espère qu’ils comprendront un jour que la sécurité n’est pas au bout du canon. Les deux parties ont besoin de s’asseoir à la même table et négocier une solution qui serait probablement celle de deux Etats indépendants côte à côte. Ce n’est pas impensable. Les esprits évoluent. Autrefois, on n’imaginait pas la Ligue arabe disposée à reconnaître Israël dans le cadre d’un plan de paix.

La nouvelle Afrique du Sud avait démarré en beauté avec à sa tête une icône: Nelson Mandela. Maintenant, vous avez un président polygame qui a été suspecté de viol et de corruption…

Je ne vais pas refaire ici la liste de toutes mes critiques à l’encontre de Jacob Zuma. Il a été élu à la régulière. Il faut respecter le résultat des urnes et lui donner le temps de montrer ce dont il est capable.

En tant qu’Africain et en tant que responsable religieux sur un continent durement frappé par le sida, que pensez-vous des propos du pape Benoît XVI contre l’usage du préservatif ?

Heureusement, je ne suis pas catholique romain, mais anglican. Or, l’Eglise anglicane est favorable au préservatif.

Jugez-vous irresponsables les propos du pape?

(ndlr: théâtral, il prend sa tête entre ses mains et gémit…) Mais puisque je vous dis que je suis anglican!

Au sein de l’Eglise anglicane déchirée, vous êtes de ceux qui soutiennent l’ordination d’évêques homosexuels. Pourquoi ?

Je l’ai dit et redit: on ne peut pas pénaliser des gens pour ce qu’ils sont alors qu’ils ne peuvent rien y faire! A quoi ça rime de refuser d’ordonner des évêques à cause de leur orientation sexuelle? De même, à quoi ça rime de refuser d’ordonner des femmes? C’est absurde.


Propos réceuillis par ANDRÉS ALLEMAND ET PIERRE RUETSCHI.

Source: La Tribune de Genève.

1 commentaire:

GARCE-LUNDA a dit…

je crois selon mon humble avis que Obama a une mission d'unifier et de retablir les etas-unis a sa premiere place dans le monde .mais seulement qu'il ne penne pas la gloire de Dieu je demande une assistance pour faire la politique dans mon pays la RDC mon numero est le +243815180598 e-mail benigrace@yahoo.fr